Une innovation pour les communications cantaliennes : les boîtes postales mobiles (1869-1930)



En ce mois de juillet 1930, l’impatience des commerçants de Jussac et de Saint-Cernin se fait sentir : alors que de nombreuses communes du Cantal bénéficient d’un service de boîtes mobiles, eux sont tributaires du receveur de l’administration des postes.

Quoi de plus frustrant, en effet, que de devoir se contenter de l’unique levée quotidienne du bureau de poste ? C’est le constat que fait dès 1842 un inspecteur des postes de Bordeaux, qui va avoir l’idée de mettre en place des boîtes mobiles. Il s’avère en effet que malgré les arrêtés du gouvernement du 27 prairial an IX et du 2 messidor an XII, qui interdisent à tout individu étranger à l’administration des postes de s’immiscer dans le transport des lettres et journaux, le service public est durement concurrencé par des transporteurs privés. Ces transports frauduleux représentent un grand manque à gagner pour les postes, sont difficiles à circonscrire et impossibles à égaler.

La solution proposée par l’inspecteur bordelais est simple : légaliser ces services en les insérant dans la boucle de distribution du courrier. C’est ainsi que sont mises en place les boîtes mobiles, installées à l’arrière des diligences. Le système se répand peu à peu et est adopté dès 1869 par le courrier reliant Neussargues à Marcenat, ainsi que celui d’Allanche à Sainte-Anastasie. Sur la carte postale jointe, datée de 1903, on distingue nettement la boîte fixée à l’arrière de la diligence d’Allanche, sous la main du conducteur.

Grâce à ce système, l’administration des postes est largement gagnante. Elle laisse en effet aux communes le soin de traiter avec les convoyeurs et d’acheter les boîtes, tandis que le produit des taxes et des timbres lui revient intégralement.

Les boîtes sont quant à elles accrochées à l’arrière du véhicule. Toute personne a ainsi la possibilité de glisser son courrier dans la boîte au passage de la diligence, que celle-ci soit à l’arrêt ou en marche – on demande aux conducteurs de réduire le pas de chevaux lorsqu’ils traversent des bourgs dans lesquels ils ne s’arrêtent pas. Lorsqu’il atteint une commune dotée d’un bureau de poste, le convoyeur confie la boîte au receveur des postes, qui garde les lettres qu’il aura à distribuer et remet dans la boîte les autres ainsi que les plis postés le jour même par les habitants de son village. Les clés des boîtes ne sont détenues que par les agents de l’administration postale, mais il va de soi que cette activité n’échappe pas aux abus. En 1926, le service de boîte mobile est interrompu entre Raulhac et Narnhac, en raison de la disparition suspecte d’un certain nombre de correspondances.

Entre 1869 et les années 1920, le service s’étoffe à l’échelle cantalienne. Dès lors qu’un courrier dessert quotidiennement une ligne, le directeur des postes donne son autorisation au transporteur pour prendre en charge une boîte, la difficulté principale résidant dans la rémunération du transporteur, à la charge de la commune. Il est donc compréhensible que les habitants et commerçants de Jussac et Saint-Cernin, qui ont enfin les moyens de bénéficier du service grâce à une subvention du Conseil général votée l’année précédente, s’offusquent de ne pas voir apparaître les boîtes tant attendues. Pour donner plus de poids à leur pétition, celle-ci est relayée par le président de l’Union des commerçants et industriels du Cantal. Il est à supposer cependant que leur impatience sera bientôt apaisée : la réponse de la préfecture, dont le brouillon est griffonné dans la marge gauche du courrier, les informe que M. Chansac Louis, entrepreneur en service d’autobus entre Aurillac et Fontanges, a reçu toutes instructions de la part de l’administration des postes pour mettre en place les boîtes mobiles. La couverture du réseau de communication est donc assurée !

6 P 356 et 45 Fi 17131