Le Lioran il y a cinquante ans : les premiers pas d'une station de sports d'hiver



Téléski de Remberter
Téléski de Masseboeuf

Il y a cinquante ans entrait en service le premier remonte-pente construit à l’initiative du Conseil général du Cantal, le téléski de Remberter. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur la genèse d’une station de sports d’hiver qui compte désormais 19 remontées mécaniques.

Le projet original était pourtant bien différent de ce qu’il est devenu aujourd’hui. L’intention des élus était en effet d’attirer les touristes estivaux en leur offrant la possibilité de se rendre sans peine jusqu’au point le plus haut du département, le Plomb du Cantal, grâce à un téléphérique. Dès 1961, l’idée est soumise à l’architecte M. Chappis, qui s’est illustré avec le développement de la station de Courchevel et qui, soutenu par le chef de la mission du service d’équipement de la Montagne, va orienter le projet vers un système beaucoup plus rentable : plutôt qu’une réalisation unique, certes prestigieuse, mais surtout onéreuse et n’étant utilisée que l’été, ces deux hommes préconisent de se tourner vers une pratique alors en plein essor, les sports d’hiver.

Il va de soi que les skieurs n’avaient pas attendu la construction du Super-Lioran pour descendre les pentes enneigées du volcan cantalien. Les premières attestations de ski au Lioran datent de 1906 et dès 1911, la station accueille des champions européens lors du 5e concours international du Club alpin français. On se chausse devant la gare et la remontée des pentes se fait à ski. Le 4 avril 1908, le Nouvelliste de Murat rapporte que deux aventuriers muratais, « chaussés de leurs longs skis », ont gravi « les pentes vertigineuses » du Plomb du Cantal pour « atteindre ces cîmes que seul le milan frôle de ses ailes », un véritable exploit !

Si les précurseurs du ski cantalien sont regardés avec curiosité, suspicion voire raillerie lors de leurs premiers essais, ils ne tardent pas à gagner des émules parmi les locaux. En 1908 est créé le Ski-club du Lioran, dirigé par des gens de la haute société (juges, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, négociant, etc.) dans le but de populariser la pratique. Le club fait rapidement des adeptes : dès la première année, il compte une centaine d’adhérents. La Première Guerre mondiale vient cependant briser cet élan, et la pratique du ski ne redémarrera doucement qu’au début des années 30, avant d’être de nouveau interrompue par la Seconde Guerre mondiale. L’engouement pour le ski alpin ramène toutefois les amateurs de vitesse sans tarder : en 1942 le Stade aurillacois crée une section ski et entraîne ses adhérents à la compétition.

La construction du premier téléski, au pied du Puy Masseboeuf, n’intervient qu’en 1952 à l’initiative d’un entrepreneur aurillacois, Auguste Basile. Les aménagements sont donc très restreints, mais le succès est au rendez-vous puisqu’on compte en janvier 1965 jusqu’à 800 voitures stationnées aux abords du tunnel. La réponse à cet engouement pour le ski est apportée par le Conseil général qui met au point un véritable projet de création d’une station touristique.

Bien que le site soit jugé tout à fait propice par les spécialistes (meilleur même que l’emplacement de la plupart des stations alpines !), le processus est long et surtout coûteux : il faut tout d’abord acheter le terrain aux différents propriétaires pour y aménager les pistes. Les pentes étant couvertes de forêts, le terrain est acquis au prix fort, en fonction de la valeur marchande des bois. Vient ensuite la construction des remontées mécaniques, le téléski Prairie des Sagnes - Buron de Remberter ouvert le 19 décembre 1965, le téléski de la gare SNCF à la prairie des Sagnes mis en service quelques jours plus tard, et le téléphérique qui sera inauguré par Georges Pompidou en juin 1967. L’ensemble sera complété par des logements et services pour les touristes, ainsi que par la réalisation d’une route montant du tunnel du Lioran jusqu’à la prairie des Sagnes.

Depuis cinquante ans, petits et grands affluent donc tout l’hiver pour profiter de ces aménagements, qui n’ont cessé de se moderniser pour le plus grand plaisir des skieurs.

31 NUM 12489 (photographie La Montagne) et 39 Fi 97