Tribulations des cimetières aurillacois (1804)



Plan du cimetière de Saint-Géraud
Plan du cimetière de Notre-Dame aux Neiges
Alors que le XVIIIe siècle vient de rendre l’âme, les morts commencent à se sentir à l’étroit dans les cimetières d’Aurillac. Le conseil municipal, qui a hérité de leur gestion en 1790, s’interroge donc sur la manière de répondre à ce problème.

La ville d’Aurillac est alors divisée, depuis le Concordat de 1801, en deux paroisses, Saint-Géraud et Notre-Dame aux Neiges, ancienne chapelle du couvent des Cordeliers. Chacune possède son propre cimetière : la première au sud et à l’est de l’église ; quant à Notre-Dame aux Neiges, il faut chercher un peu plus loin son cimetière : celui-ci borde les murs de la chapelle d’Aurinques. Or ces deux cimetières sont devenus trop petits pour accueillir les dépouilles mortelles des Aurillacois et, raison supplémentaire pour agir, sont désormais hors-la-loi. Depuis les années 1770, des mesures de salubrité avaient été prises en France concernant les cimetières. Une ordonnance royale du 10 mars 1776 notamment imposait le transfert de ces lieux à l’extérieur des villes. Le texte n’a pas toujours été appliqué, mais un décret de Napoléon, daté du 23 prairial an XII (12 juin 1804), réitère l’obligation d’éloigner les cimetières des habitations « à la distance de 35 à 40 mètres au moins de l’enceinte [des villes] ». Ainsi celui de Notre-Dame aux Neiges, bien que situé dans les faubourgs, est bordé de maisons, jardins et basses-cours, ce qui contrevient à la loi.

Une commission est donc désignée par le conseil municipal pour étudier ce problème et trouver une solution. Elle est composée de Delolm de la Laubie, docteur en médecine et adjoint au maire, Bouygues, apothicaire, Dejou, homme de loi, et Lasmoles, expert géomètre, tous membres du conseil et, bien entendu, notables de la ville. Le choix d’un expert géomètre n’est pas anodin, c’est d’ailleurs lui qui signe le rapport présenté au conseil le 3 frimaire an XIII (24 novembre 1804).

Ce rapport nous donne une description des deux cimetières, qui vient compléter les plans préalablement dessinés. Celui de Notre-Dame aux Neiges mesure 9 ares et 72 centiares, tandis que celui de Saint-Géraud est un peu plus grand : 14 ares et 31 centiares. Le géomètre utilise pour ce document officiel les nouvelles unités de mesures mises en place à la Révolution, mais il prend soin de préciser l’équivalence en toises entre parenthèses. Le plan, n’indiquant que des toises, confirme que bien que le système ait changé depuis 9 ans, l’habitude d’utiliser les anciennes unités de mesure persiste.

L’espace dédié aux tombes est donc restreint, d’autant plus « qu’on n’inhume plus dans les églises ni dans les cimetières des maisons ci-devant religieuses vendues ou détruites », indique le rapport. Le même décret impérial de 1804 interdit en effet à quiconque de se faire enterrer dans les églises, mettant sur un pied d’égalité face à la mort les évêques, les riches bienfaiteurs et le commun des mortels. Quant aux établissements religieux, ils ont été détruits ou vendus comme biens nationaux pendant la Révolution. Les commissaires se mettent donc en quête d’un nouveau lieu susceptible d’accueillir les défunts.

Un seul endroit retient leur attention, un champ longé par « l’ancien grand chemin de Mauriac » (actuelle rue de l’Egalité), appartenant en partie aux héritiers du sieur de Burg, et en partie au sieur Mabit. Sa position, à plus de 100 mètres des habitations, et sa surface, plus de 50 ares, en font un lieu idéal. Il est même possible, indique le rapport, de le diviser en deux aisément : les paroissiens de Saint-Géraud iront dans la partie sud, et ceux de Notre-Dame aux Neiges dans la partie nord, un chemin d’accès existant déjà pour chacun des cimetières.

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres, et entre les formalités d’acquisition du terrain, son terrassement et son aménagement, il s’écoule près de 30 ans : les premières inhumations ont lieu en 1832, dans un cimetière unifié.

Quant aux trépassés géraldiens, ils reposeraient peut-être encore près de leur église paroissiale si l’on n’avait pas entrepris, en 1838, de creuser le sol pour récupérer les ruines de l’église et procéder à sa restauration.


ADC E DEP 1500/1462