Un petit carnet de quittances (1630-1703)



Vous connaissiez le carnet de bal, petit calepin où les demoiselles notaient le nom de leurs cavaliers en face des danses programmées pour la soirée, voici le carnet de quittances ! Grossièrement cousu, composé de deux cahiers de feuillets irréguliers rassemblés par une ficelle rudimentaire, il tient dans la poche. Une couverture en parchemin épais, une cordelette pour le fermer, et le tour est joué !

Ce petit carnet est la solution astucieuse trouvée par Jacques Castanier pour garder une trace du paiement de la rente qu’il devait chaque année au seigneur de Jugeals pour ses possessions dans le village de la Bontat à Sainte-Illide. Il est bien plus courant de trouver dans les archives des quittances signées sur des bouts de papier, conservées par le payeur. Ces quittances étant la preuve que la somme a bien été versée, il est important de ne pas les perdre. Jacques Castanier a sans doute trouvé plus sûr, et plus simple pour suivre sa comptabilité d’année en année, de les consigner dans un carnet. Il se rendait au château de la Bontat et présentait son livret dans lequel le seigneur mentionnait le paiement et signait : les signatures Jugeals et La Bontat alternent.

En tant que documents courants, on apporte peu de soin à ces quittances. Elles sont rapidement griffonnées, et laissent parfois transparaître une prononciation qui déforme l’orthographe. La quittance de 1654 est ainsi rédigée :

« Ie resue por siencante et castre meme rante que de sus sans pregudise des arages. Labontat »

[J’ai reçu pour cinquante-quatre même rente que dessus, sans préjudice des arrérages. La Bontat]

Il est difficile d’évaluer si le coût de cette rente était élevé puisque nous ne savons pas à quel type de bien elle correspondait. Elle est composé d’une carte de seigle (remplacé à partir de 1646 par du blé) et d’une carte d’avoine, soit environ 36 litres de grains.

Commencé par Jacques Castanier en 1630, ce petit carnet est ensuite repris par son fils Antoine jusqu’en 1703. Le dernier feuillet s’achève par un compte : outre la rente de l’année, Antoine Castanier est encore redevable de 3 livres et 8 sols. Une dette peut-être reportée dans un second carnet qui ne nous est pas parvenu ?

Archives départementales du Cantal, 1 J 200