Reliures d'or



Casse de doreur (XXe siècle)
Petits fers à dorer (XXe siècle)
Plat de reliure aux armes des Célestins de Paris (fin XVIIe siècle)
Dos de reliure portant le chiffre "K D" (mi-XVIIe siècle)
C’est à partir de la fin du xve siècle, que l’on commence en Occident de dorer les reliures. Auparavant les reliures étaient seulement estampées à froid ; ce sont les mêmes fleurons qui, chauffés et appliqués, permettent de faire adhérer au cuir de la reliure leur motif d’or.

Les Archives départementales du Cantal ont acquis début 2013 en vente publique une casse de doreur de la maison Rougier et Plé (Paris, xxe siècle). Les caractères sont ici en laiton (et non en plomb, qui se déformerait au martelage, surtout couplé avec un chauffage).

Le Dictionnaire de Trévoux, en 1771, précise que dorer les livres à petits fers « se dit quand on fait des dorures en compartimens, avec plusieurs fers qui se rapportent les uns aux autres, comme font les doreurs, les gaîniers, &c. » Les Archives du Cantal conservent plusieurs reliures dorées à petits fers.

L’Histoire de Béarn, de Pierre de Marca, est publiée à Paris en 1640. Au centre des compartiments situés entre les nerfs figurent, entrelacées, les lettres « K » et « D », sans qu’il soit possible de déterminer à qui renvoie ce chiffre formé d’initiales, ni qui désigne l’écu à une fleur de lis figurant, en or, sur chacun des deux plats.

La Gallia Christiana, publiée en 1656, porte en page de titre un ex-libris manuscrit : « Emptus sum pro Bibliotheca Maristellana vulgo Wettingen. 1681 » (Je fus acheté par la bibliothèque de Wettingen en 1681). Cette ville suisse, du canton d’Argovie, qui porte comme armoiries la mer et une étoile (stella maris), est désignée comme « Maristellana » : le seigneur fondateur de son abbaye, au xiiie siècle, fut sauvé du naufrage, de retour de Terre sainte, par une étoile brillant au-dessus de la mer. Comme l’indique un tampon, ce double fut vendu par la bibliothèque cantonale puis parvint aux Archives du Cantal par des chemins inconnus. Seul le dos, entre les nerfs, est doré ; une pièce de titre de cuir rouge porte le nom de l’auteur, le titre et la tomaison.

Le Spicilegium est un recueil érudit compilé par les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Les Archives du Cantal ne conservent qu’un volume isolé, le tome 13, édité en 1676. La page de titre comporte l’ex-libris manuscrit « Coelestinorum Parisiensium » (Des Célestins de Paris), confirmé par le très beau médaillon doré figurant sur les plats : un écu à une croix dans laquelle est entrelacé un « S », accostée de deux fleurs de lis, entouré d’une légende « COELESTINORUM B[EATAE] MARIAE DE PARISIIS » (Des Célestins de Notre-Dame de Paris) le tout dans une couronne de laurier. Il s’agit des armoiries de cet ordre de tendance érémitique fondé par Pierre de Morrone, pape sous le nom de Célestin V en 1294, d’où le nom que prit l’ordre. Le Spicilegium provient du couvent parisien, dont l’église fut détruite en 1795 et les bâtiments conventuels, en 1877 ; la caserne des Célestins (Gardes républicains) garde le souvenir de ce couvent, qui fut fermé dès 1778 à la suppression de l’ordre. Les collections en furent alors dispersées, et un tome dépareillé arriva à Aurillac.

Le Grand dictionnaire géographique, historique et critique, par M. Bruzen de la Martinière (1740) est relié en veau marbré ; seul le dos en est doré. Entre le premier et le deuxième nerf, une pièce de titre de cuir rouge porte le titre abrégé, en lettres capitales dorées ; entre le deuxième et le troisième nerf, une pièce de titre semblable porte la tomaison. Les nerfs apparents délimitent des compartiments où, dans un cadre doré, le doreur a poussé de petits fers triangulaires dans les angles intérieurs et mis au centre un fleuron en forme de losange. La tranche des pages est teinte en rouge.
 

ADC, 1 BIB 54 (Gallia Christiana)

ADC, 1 BIB 57 (Histoire de Béarn)

ADC, 1 BIB 62 bis (Le Grand dictionnaire géographique, historique et critique)

ADC, 1 BIB 63 (Dictionnaire de Trévoux)

ADC, 1 BIB 5511 (Spicilegium)