L’Empire du Juste, de Charles de Noailles (1632)



Portrait de Charles de Noailles
Frontispice
Reliure aux armes de Guillaume Le Jay
Tranche de la reliure
Les Archives départementales ont acquis début 2012 un exemplaire de l’Empire du Juste, l’œuvre principale de Charles de Noailles, qui fut à la fois abbé de Saint-Géraud d’Aurillac et évêque de Saint-Flour dans la première moitié du XVIIe siècle.

Cette acquisition s’inscrivait dans l’étude, menée durant l’automne 2011, de l’action de la famille de Noailles en Haute-Auvergne, présentée dans un volume publié en octobre 2012 par la Société de la Haute-Auvergne (qui constitue les actes de la journée d’études tenue le 26 novembre 2011 à Aurillac). Le professeur Joël Fouilheron y fait une magistrale étude du personnage de Charles de Noailles, et de son ouvrage majeur, L’Empire du Juste :  


« L’action épiscopale de Charles de Noailles répond à deux exigences : le service de Dieu, le service du roi. Prélat réformateur et borroméen, malgré la tare originelle de tenir l’évêché de Saint-Flour d’un prédécesseur confidentiaire, Noailles entreprend d’introduire ordre et discipline dans un diocèse longtemps vacant et sous-administré, et de corriger insuffisances et dérèglements des clercs, mais aussi des fidèles. À cette double fin, il fait appel à des communautés religieuses et institue des conférences ecclésiastiques, sans aller, au moins dans le diocèse de Saint-Flour, jusqu’à la fondation d’un séminaire.

Noailles mêle tâches spirituelles et activités profanes, restauration diocésaine et ambition parisienne qui, loin de s’opposer, s’épaulent. Par désir d’honneur et de gloire, conforme aux valeurs de la noblesse de race, il rêve d’un grand rôle politique et d’un chapeau de cardinal. Il flatte et sert les hommes d’autorité, et d’abord le roi et Richelieu. Dès 1630, il milite dans la Compagnie du Saint-Sacrement, société dévote et secrète qui travaille à la réformation religieuse et morale du royaume. En 1632, il publie L’Empire du Juste, panégyrique du dédicataire, Louis XIII le juste. Dans ce traité de politique chrétienne, destiné à séduire le roi, il développe un code de bonne conduite du prince, d’un prince subordonné à Dieu, à l’opposé des pratiques réalistes et machiavéliennes du cardinal-ministre. Suffisante raison pour laisser Noailles dans un évêché crotté, dont il ne sort qu’en 1646, par transfert de Saint-Flour à Rodez, quatre ans après la mort de Richelieu. Il meurt en 1648 »

Le portrait du prélat en habit de chœur qui précède la dédicace « Au Roy », comporte un quatrain : 


On voit icy le visage
D’un prelat de qui l’esprit
Met les vertus en usage
Beaucoup mieux qu’il n’en ecrit.


Ce quatrain est entouré des armes de l’évêque (écu de gueules à une bande d’or, timbré d’une mitre et d’une crosse, cimé d’un chapeau épiscopal à quatre rangs de houppes) et de l’impresa de la famille de Noailles.

Le frontispice est quant à lui divisé en trois registres : en haut, le roi Louis XIII reçoit sa couronne du Ciel que montre la Vertu ; au milieu, les quatre vertus cardinales entourent le cartouche, tenu par des putti, portant le titre de l’ouvrage et les titres de son auteur ; en bas sont mis en scène quatre personnages de l’Ancien Testament (Noé, Job, Jonas et Daniel).

L’ouvrage porte une précieuse reliure aux armes de Guillaume Le Jay, docteur en Sorbonne, évêque de Cahors de 1681 à 1693. Le Jay succéda, sur le siège de Cahors, à Louis-Antoine de Noailles, petit-neveu de Charles de Noailles, évêque de Cahors entre 1679 et 1680, qui devint ensuite cardinal-archevêque de Paris : Pierre Gombert lui consacre une solide notice dans le même volume publié par la Société de la Haute-Auvergne. Ses armes se blasonnent ainsi : écu à une aigle accompagnée en chef à dextre d’un soleil, et de trois aiglons, l’un en chef à sénestre les autres aux flancs dextre et sénestre, timbré d’une mitre, d’un heaume et d’une crosse, cimé d’un chapeau à quatre rangs de houppes.

L’aigle et le soleil sont répétés comme motif décoratif sur les deux plats et la tranche de la splendide reliure.

Les deux premiers tiers du XVIIe siècle furent véritablement un siècle d’or pour la famille. Henri de Noailles, doté de larges pouvoirs politiques et militaires, et son fils Charles, à la fois évêque et abbé, furent de véritables refondateurs et bâtisseurs d’Aurillac et de Saint-Flour, au propre comme au figuré. L’action énergique du père et du fils, hommes d’action au style pourtant amphigourique, qui ont su panser les plaies de la Haute-Auvergne après les destructions des guerres de religion, est mise en valeur par Joël Fouilheron, Lucien Gerbeau et Marguerite Guély dans le même volume. Charles de Noailles, prélat baroque, pieux et botté, père d’enfants naturels mais pasteur zélé, mérite, apparaît, malgré ses contradictions, soucieux de répandre la Réforme catholique des deux côtés du Lioran.


ADC, 4 BIB 1161