La Seconde Guerre mondiale : l'épuration



Pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants se sont livrés à des arrestations de personnes accusées de collaborer avec les Allemands. Les accusés comparaissaient devant un tribunal improvisé dans le maquis et étaient exécutés après condamnation. Dans le Cantal, 57 personnes ont ainsi été exécutées. Mais après la libération du pays, l’épuration se met en place. Dans un premier temps, c’est une « épuration sauvage » qui va faire payer les collaborateurs. Des hommes, souvent des miliciens sont tués. Les femmes, soupçonnées de « collaboration horizontale », sont tondues. Dans le département du Cantal, les archives sont peu bavardes sur ces femmes tondues. Si l’histoire de la « recluse de Saint-Flour » est connue (libération en 1983 d’une femme recluse par son père puis ses frères après avoir été tondue en 1944), on ne trouve que très peu de traces de ces agissements. Même Eugène Martres, dans sa thèse parue en 1974 sur le Cantal de 1939 à 1945, ne les évoque qu’au détour d’une phrase. Il précise, en parlant de Saint-Flour, « Là aussi, 4 ou 5 femmes furent rasées » (p. 885).

Nous avons cependant une lettre d’une femme qui supplie le préfet d’épargner sa fille qui doit être tondue.




Doc. n° 1 : Lettre d'une mère de "tondue" (cote ADC : 1 U 72)
Doc. n° 1 : Lettre d'une mère de "tondue" (cote ADC : 1 U 72)
Journal « Le Patriote », organe du Front National du Cantal, 2 septembre 1944 (cote ADC : 76 JOUR 1)
Journal « Le Patriote », 15 septembre 1944 (cote ADC : 76 JOUR 1)
Journal « Le Patriote », 22 septembre 1944 (cote ADC : 76 JOUR 1)
Rapport du préfet Rolland du 24 octobre 1944 sur l’attaque de la prison d’Aurillac par des éléments de l’armée F.F.I. (cote ADC : 3 U 1/109)
Rapport du préfet Rolland du 24 octobre 1944 sur l’attaque de la prison d’Aurillac par des éléments de l’armée F.F.I. (cote ADC : 3 U 1/109)

Transcription :

Aurillac. 19 septembre 1944,

 

Monsieur le Préfet,

 

Je viens près de vous pour une requête au sujet de ma fille qui est arrêtée depuis le jour de la libération d’Aurillac. On lui reproche d’avoir parlé aux Allemands, elle est jeune et a agit comme une gosse de 17 ans. Elle n’a fait aucun mal d’après l’avocat qui a été désigné auprès d’elle. M. le Préfet il est décidé qu’on doit la libéré mais qu’on doit lui couper les cheveux. Ma fille étant cardiaque, ayant eut une méningite il y a eu l’émotion de se voir tondre elle préfère mourir surtout qu’elle ne mérite pas une si grave punition. Elle a sauvé plusieurs personnes en danger recherchés par les boches, ayant travaillé pour la résistance, acheté le papier et tapé les tracts au compte de M. Calves. Comme témoin, le conseiller Léon Lacam 10 rue Loucheur. M. le préfet, c’est sa maman qui vient vous implorer qu’elle ne subisse pas se châtiment, ayant se seul enfant unique. Etant rentrée à la Croix rouge c’est ce qui l’a mis en relation avec les Allemands étant chargée de procurer les laisser passer pour la Croix rouge.

 

Agréez M. le Préfet mon meilleur respect.

 

Mme B.

10 rue Arsène Vermenouze

Aurillac

Adresse de l’accusée Yvette B.

 

Mais sur la lettre en question, il a été rajouté la mention « elle est tondue ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Par la suite, se met en place une « épuration officielle » où les accusés sont jugés par des tribunaux. L’historique des juridictions mises en place à cet effet a été étudié par Eugène Martres dans sa thèse susnommée. C’est tout d’abord un Comité de sécurité militaire (parfois appelé Conseil de sécurité) qui fut mis en place le 13 août 1944 : il condamna à mort deux miliciens dénonciateurs qui furent exécutés.​

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Comité de sécurité fut remplacé par une cour martiale créée le 2 septembre 1944. Elle prononça 4 condamnations à mort dont l’une, celle d’une femme, fut commuée en travaux forcés. Les 3 autres furent accomplies (un dénonciateur et indicateur, le commandant de gendarmerie du Cantal fusillés le 15 septembre, une femme fusillée le 20 septembre).​

La « dénonciatrice » avait adressé une lettre à la Kommandantur dans laquelle elle donnait une liste de personnes d’Allanche à arrêter. Cette lettre ayant été interceptée par le service de renseignement de la Résistance, un résistant se rendit chez la dénonciatrice et se présenta comme un Allemand de l’état-major de liaison. Elle lui confirma aussitôt les termes de sa lettre et s’offrit à lui indiquer où habitaient les suspects.

Quant au commandant de gendarmerie, il ne contesta pas avoir des relations suivies et cordiales avec les officiers allemands. Il avait, à plusieurs reprises, demandé à ses gendarmes d’agir avec rigueur contre les réfractaires et les « terroristes ». Il avait même pris à plusieurs reprises le commandement des groupes de policiers français dans des opérations contre le maquis, en collaboration avec la Wehrmacht. Il demandait que tout gendarme passé au maquis et capturé soit fusillé. Il s’était aussi vanté devant plusieurs témoins d’être à l’origine de la venue à Aurillac de l’élément SS « Das Reich » en juin 44 (E. Martres).

En outre, la cour martiale infligea une peine de travaux forcés à perpétuité, 3 peines de travaux forcés à temps (c’est-à-dire pour un nombre d’années défini), des peines d’emprisonnement contre 4 pilleurs de ferme à mains armées et elle prononça un acquittement. Total : 13 personnes jugées.

Le 10 octobre 1944, la cour martiale était remplacée par un tribunal militaire qui prononça 2 condamnations à mort pour dénonciation de résistants, une peine de travaux forcés (De Rollat, ex-chef départemental de la Milice) et deux non-lieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’emprisonnement de De Rollat à la prison d’Aurillac a donné lieu à un épisode rocambolesque.

D’après un rapport du préfet Rolland, le 23 octobre 1944, environ 300 hommes armés de fusils mitrailleurs ont cerné la prison (dans un autre rapport adressé au procureur de la République, le directeur départemental des services de police parle d’une centaine de militaires F.F.I.). Leur but étant de s’emparer plus particulièrement de M. de Rollat, ancien chef départemental de la Milice, qui venait d’être condamné par la cour martiale à 20 ans de travaux forcés. Malgré la mise en garde du commandant Christian, chef des F.F.I. (forces françaises intérieures) qui avait obtenu de ses troupes et des officiers F.T.P. (francs-tireurs et partisans) qu’aucune action ne serait tentée, « quelques meneurs sabotèrent son travail ». Après des pourparlers, les F.F.I. obtinrent que M. de Rollat soit transféré au château Saint-Etienne. M. de Rollat fut transféré le lendemain à la maison d’arrêt de Clermont.​




Fin novembre 1944, le tribunal militaire fut remplacé par une Cour de justice qui siégea jusqu’en juillet 1945 et examina 78 dossiers :

- 23 condamnations à mort dont 18 par contumace. Toutes furent commuées en travaux forcés.

- 5 peines de travaux forcés (dont une femme)

- 26 peines de prison ou de réclusion

- 5 acquittements

- 19 non-lieux ou sans suite.

En juillet 1945, la cour de justice du Cantal fut supprimée et tous les cas en instance furent transférés à la cour de justice de Riom, siège de la cour d’appel. Elle jugea, fin de l’année 1945, entre 15 et 20 personnes dont Lahaye, chef départemental de la Milice condamné à mort et fusillé, un autre milicien condamné à mort et fusillé, Homo ancien préfet (prison), Bauer sous-préfet de Saint-Flour (prison).

Dans le Cantal, un camp d’internement fut ouvert à saint-Angeau, près de Riom-ès-Montagnes, le 7 septembre 1944. Il renfermait 3 femmes et 19 hommes dont 5 prisonniers de guerre allemands. Le 31 octobre 1944, 19 personnes y étaient détenues : 12 détenus politiques, 5 détenus pour marché noir, un « indésirable », un souteneur. Le camp fut fermé le 5 avril 1945 et les prisonniers transférés dans le Puy-de-Dôme. D’autres Cantaliens furent internés dans des camps hors du département. De septembre 1944 à juillet 1945, le préfet du Cantal signa 131 arrêtés d’internement (dont 41 pour motifs économiques), une trentaine seulement s’appliquant aux internés de saint-Angeau ; une centaine de Cantaliens subirent l’internement hors du département.

Par ailleurs, 63 personnes furent frappées d’indignité nationale à temps, 26 d’indignité nationale à vie.

 

Au total, l’épuration dans le Cantal s’est soldée par 69 exécutions (62 hommes et 7 femmes). 57 ont eu lieu avant la Libération. Sur les 12 personnes exécutées après la Libération, 7 furent condamnées par des tribunaux, 5 furent abattues sans jugement.